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Page:Rousseau - Fragments inédits éd. Jansen 1882.djvu/63

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Deuxième partie des confessions. Étrange projet etc. 53

chacun concourt, avec la plus vive émulation, à le circonvenir, à l’environner de trahisons et de pièges ... Il est sûr, que l’on tremble qu’il n’écrive pour sa défense, que l’on s’inquiète de tout ce qu’il fait, de tout ce qu’il peut faire; que chacun, paraît agité de l’effroi de voir paraître de lui quelque apo- logie. (118) Son génie égaie fait tout-à-coup la découverte que cet effroi a saisi ses ennemis dès le moment où il a commencé la composition de ses mémoires, et qu’ainsi ses mémoires ont causé tous ses malheurs depuis l’année 1765.

tCette entreprise connue, prétend Rousseau dans les Confessions, fut, autant que j’en puis juger, la véritable cause de l’orage qu’on excita pour m’expulser de la Suisse, et me livrer entre des mains qui m’empêchassent de l’exécuter,* (119) L’auteur ne doutait point que ce ne fussent ses ennemis qui l’attirèrent en Dauphiné après lui avoir rendu impossible la vie au Château de Trye; et dans cette retraite, dit-il , »on était parvenu .... à écarter de l’auteur des Confessions toute encre lisible.* . . ’. iMalgré toutes ces précautionse s’écrie Rousseau triomphant, »le drôle est encore parvenu à écrire ses mémoires . . . avec de l’encre de Chine, à" laquelle on n’avait pas songé.» (lao)

La découverte qu’il s’imagina avoir faite du complot de ses ennemis contre ses Confessions, décida Rousseau à >reprendre la plume, a La conviction même que les cruels auteurs de la conspiration contre lui n’attendaient que sa mort pour détruire l’honneur de sa mémoire par des publications mensongères, n’avaient pu d’abord l’arracher à sa patience et à son silence.» (121) Mais après cette découverte, qui lui paraissait aussi certaine que terrible, ce fut le cas ou jamais de prouver au monde son courage héroïque contre les ennemis les plus puissants et les plus rusés. Rousseau se mit donc, à Monquin en 1769, à continuer ses mémoires, et, dès les premières pages, il exposa les circonstances et les dangers où il croyait se trouver. »Les planchers, dit-il, >sous lesquels je suis ont des yeux ; les murs qui m’entourent ont des oreilles: environné d’espions et de surveillants malveillants et vigilants, inquiet et distrait, je jette à la hâte sur le papier quelques mots interrompus qu’à peine j’ai le temps de relire, encore moins de corriger. Je sais que , malgré les barrières immenses qu’on entasse sans cesse autour de moi , l’on craint toujours que la vérité ne s’échappe par quelque fissure. Comment m’y prendre pour la faire percer? Je le tente avec peu d’espoir de succès.* (122) Cependant Rousseau regardait comme son devoir le plus sacré de soutenir la lutte contre ses ennemis, de révéler leurs complots mystérieux et de

(118) Oiuvrt! compl. Reussca» jugt de yiati-Jacq«es . IX. 153.

(119) Ibid. Confessions IX. 57.

(120) Ibid. Reusscim juge de Jean-Jacques IX. 133.

(121) Voyez note 115a. Lettre de Rousseau à M. Laliand du 4 février 1769.

(122) Oeuvres compl. Confessions VIII. I96.