Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Fragments inédits éd. Jansen 1882.djvu/56

Cette page n’a pas encore été corrigée


46 Histoire critique de la rédaction des confessions

de se confesser pour les autres? ^C’est, répond l’auteur de la Nouvelle Héloise, quand le danger d’une rechute oblige . . . à prendre des mesures pour s’en garantir.! (100) L’auteur de Mon Portrait pense tout autrement: »Je ne prétends pas faire" dit-il, «plus de grâce aux autres qu’à moi ... ne pouvant me peindre au naturel sans les peindre eux-mêmes.* (loi) »Je ne puis me bien faire connaître, répète-t-il dans l’Introduction de 1765, que je ne les fasse connaître aussi, et l’on ne doit pas

s’attendre que j’aurai pour d’autres des ménagements que

je n’ai pas pour moi-même.^ (102) Les tristes expériences de 1766 ne^ pouvaient qu’affermir Rousseau dans cette résolution. Il déclara alors: »Je ne crois devoir à personne plus de ménagements qu’à moi-même* (103) et s’exprima enfin sur cette question, dans les Confessions, de la manière suivante: »Dans l’étrange, dans l’unique situation où je me trouve, je me dois trop à la vérité pour devoir rien de plus à autrui. Pour me bien connaître, il faut me connaître dans tous mes rapports, bons et mauvais. Mes Confessions sont nécessairement liées avec celles de beaucoup de gens ; je fais les unes et les autres avec la même franchise, en tout ce qui se rapporte à moi, ne croyant devoir à qui que ce soit plus de ménagements que je n’en ai pour moi- même, et voulant toutefois en avoir beaucoup plus. Je veux être toujours juste et vrai, dire d’autrui le bien tant qu’il me sera possible, ne dire jamais que le mal qui me regarde, et qu’autant que j’y suis forcé. Qui est-ce qui, dans l’état où l’on m’a mis, a droit d’exiger de moi davantage.* (*)

Pour ce qui est des relations fatales, que Rousseau eut avec d’autres personnes, sauf celles avec M. de Borde de Lyon, elles ne datent que de son arrivée à Paris en 1742. Si donc la première partie des Confessions devait contenir l’histoire de sa vie jusqu’à cette époque, il n’y aurait point à en parler. Les indiscrétions qui s’y rencontrent, ne regardent pas les ennemis de l’auteur, et en y dévoilant la vie la plus secrète de Mme de Wakëns, il est non point son accusateur, mais son avocat; car malgré tout ce qu’en dit Rousseau, il en fait un type si idéal et si parfait que seuls le génie et le cœur pouvaient le concevoir. Chaque mot qu’il se voyait contraint de prononcer contre sa bienfaitrice, était pour lui-même , on le sent encore , un coup de poignard. C’est en effet de lui seul que, dans la première partie des Confessions, il a voulu dire »des choses très-odieuses. « Même la période postérieure de sa vie ne fut pas exempte de graves égarements.

1 Félix Bovet, Frag. p. 13.

(103) Un brouillon de ce temps imprimé dans les Pensées dun esprit dreit et sentiments ifun cotur vertueux ete. etc., ouvrage, dont nous aurons à parler plus tard.

(•) Oeuvres compl. Ccn/eisicns VIII. 285.