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Page:Rousseau - Fragments inédits éd. Jansen 1882.djvu/45

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Rousseau modifie le plan et le titre primitifs 35

un exemple de la plus parfaite expiation : elle »aimait mieux être punie que pardonnée . . . elle croyait ne pouvoir effacer sa faute qu’en l’expiant C’est pour cela <\\imlrépidf et bar- bare dans sa franchise , elle dit son crime .... taisant en même temps ce qui texusait, ce qui la justifait peut-être . . .a {54)

Le cœur d’un homme qui a une notion si élevée de la con- fession, de quels sentiments doit-il avoir été pénétré, lorsqu’il niait, en face de l’Europe, sa plus triste faute, l’exposition de ses en- fants? Rousseau pensait, il est vrai, devoir ce démenti à la cause de son parti à Genève. Mais en même temps il cherchait tous les arguments de nature à calmer et à satisfaire sa con- science. »La honte accompagne l’innocence, griffonne- t-il alors sur une carte à jouer, le crime ne la connaît plus.* (55) Et depuis Rousseau a pu dire qu’il avait triomphé de lui-même en révélant la triste faute à tous ses amis, même à tout le monde. Car il se rappela alors le passage suivant de son Emile: » . . Je prédis à quiconque a des entrailles et néglige de si saints de- voirs [les devoirs d’un père], qu’il versera longtemps sur sa faute des larmes amères et n’en sera jamais consolé ;« (56) et Rousseau notait dans un de ses calepins : »Tout lecteur sentira, je m’assure, qu’un homme qui n’a nul remords de sa faute ou qui veut la cacher au public se gardera de parler ainsi!. (57) L’auteur S Emile n’a-t-il donc pas fait par là devant les hommes, tout ce qu’exigeaient ses maximes? »En méditant mon traité de l’Edu- cation, dit-il beaucoup plus tard dans ses Confessions, je sentis que j’avais négligé des devoirs dont rien ne pouvait me dis- penser. Le remords enfin devint si vif, qu’il m’ arriva /r«^« t^jeu de ma faute au commencement d’Emile et le trait même est si clair qu’aprh un tel passage il est surprenant qu’on ail eu le courage de me le reprocher. « (58) Rousseau s’était même per- suadé , avoir expié sa faute , comme devant les hommes aussi devant dieu, par la composition ^ Emile. »Vous devez savoir, écrivit-i! le 11 décembre 1760 à son ami M. Lenieps, et je crois vous l’avoir dit que j’ai quitté pour ma vie le métier d’auteur. // me reste encore un vieux péché à expier sous la presse, après quoi le public n’entendra plus parler de moi.* (sça) ïMalheur à vous — apostrophe -t-il en 1764 les lecteurs des Lettres de la montagne, si durant cette lectuiçfd’EmileJvotre cœur ne bénit pas cent fois l’homme

vertueux et ferme qui ose instruire ainsi les humains

J’espère un jour dire au Juge suprême : Daigne juger dans ta clémence un homme faible; j’ai fait le mal sur la terre, mais

) Otavres compl.: Emile et Seplùc III. p. 15.

(55) Slreckeisen-Moultou. Oittvr. et corr. inêd. p, 364.

(56) Oeuvres compl. Emile II. 16.

(57) Fritz Berthoud. J.-J. Rousseau au Val de Travers. 1762—1765. p. 363-

f58) Otavres compl. Confasims IX, 37. (59a) Oeuvre! compl. Correspondance X, p. 245.

(54) (

Sis