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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/99

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cru que l’aveu ingénu que j’ai fait au commencement de mon discours me garantiroit de cette imputation, je craignois bien plutôt qu’on ne m’accusât de juger des choses que je ne connoissois pas. On sent assez combien il m’etoit impossible d’éviter à la fois ces deux reproches. Que sais-je même, si l’on n’en viendroit point à les réunir, si je ne me hâtois de passer condamnation sur celui-ci, quelque peu mérite qu’il puisse être ?

3. Je pourrois rapporter à ce sujet, ce que disoient les Peres de l’Eglise des Sciences mondaines qu’ils meprisoient, & dont pourtant ils se servoient pour combattre les Philosophes PaÏens. Je pourrois citer la comparaison qu’ils en faisoient avec les vases des Egyptiens voles par les Israélites : mais je me contenterai pour derniere Réponse, de proposer cette question : si quelqu’un venoit pour me tuer & que j’eusse le bonheur de me saisir de son arme, me seroit-il défendu, avant que de la jetter, de m’en servir pour le chasser de chez moi ?

Si la contradiction qu’on me reproche n’existe pas, il n’est donc pas nécessaire de supposer que je n’ai voulu que m’égayer sur un frivole paradoxe ; & cela me paroit d’autant moins nécessaire, que le ton que j’ai pris, quelque mauvais qu’il puisse être, n’est pas du moins celui qu’on emploie dans les jeux d’esprit.

Il est tems de finir sur ce qui me regarde : on ne gagne jamais rien à parler de soi ; & c’est une indiscrétion que le Public pardonne difficilement, même quand on y est force. La vérité est si indépendante de ceux qui l’attaquent & de ceux