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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/96

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Je peux donc assurer que nos principes, & par conséquent, toutes les propositions qu’on en peut déduire n’ont rien d’oppose, & c’est ce que j’avois à prouver. Cependant, quand nous venons à conclure, nos deux conclusions se trouvent contraires. La mienne etoit que, puisque les Sciences sont plus de mal aux mœurs que de bien à la société, il eut été à désirer que les hommes s’y fussent livres avec moins d’ardeur. Celle de mon Adversaire est que, quoique les Sciences fassent beaucoup de mal, il ne faut pas lasser de les cultiver à cause du bien qu’elles font. Je m’en rapporte, non au Public, mais au petit nombre des vrais Philosophes, sur celle qu’il faut préférer de ces deux conclusions.

Il me reste de légères Observations à faire, quelques endroits de cette Réponse, qui m’ont paru manquer un peu de la justesse que j’admire volontiers dans les autres, & qui ont pu contribuer par-la à l’erreur de la conséquence que l’Auteur en tire.

L’ouvrage commence par quelques personnalités que je ne relèverai qu’autant qu’elles seront à la question. L’Auteur m’honore de plusieurs éloges, & c’est assurément m’ouvrir une belle carrière. Mais il y a trop peu de proportion entre ces choses : un silence respectueux sur les objets de notre admiration, est souvent plus convenable, que des louanges indiscrètes. *

[*Tous les Princes, bons & mauvais, seront toujours bassement & indifféremment loues, tant qu’il y aura des Courtisans & des Gens de Lettres. Quant aux Princes qui sont de grands Hommes, il leur faut des éloges plus modernes & mieux choisis. La flatterie offense leur vertu, & la louange même peut faire tort à leur gloire. Je fais bien, du moins, que Trajan seroit beaucoup plus grand à mes yeux, si Pline n’eut jamais écrit. Si Alexandre eut été en effet ce qu’il affectoit de paroître, il n’eut point songe à son portrait ni à sa statue ; mais pour son Panégyrique, il n’eut permis qu’a un Lacédémonien de le faire, au risque de n’en point avoir. Le seul éloge digne d’un Roi, est celui qui se fait entendre, non par la bouche mercenaire d’un Orateur, mais par la voix d’un Peuple libre. Pour que je prisse plaisir à vos louanges, disoit l’Empereur Julien à des Courtisans qui vantoient sa justice, il faudroit que vous osassiez dire le contraire, s’ils etoit vrai.]