Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/63

Cette page n’a pas encore été corrigée


D’où naissent tous ces abus, si ce n’est de l’inégalité funeste introduite entre les hommes par la distinction des talens & par l’avilissement des vertus ? Voilà l’effet le plus évident de toutes nos études, & la plus dangereuse de toutes leurs conséquences. On ne demande plus d’un homme s’il a de la probité, mais s’il a des talents ; ni d’un Livre s’il est utile, mais s’il est bien écrit. Les récompenses sont prodiguées au bel esprit, & la vertu reste sans honneurs. Il y a mille prix pour les beaux discours, aucun pour les belles actions. Qu’on me dise cependant si la gloire attachée au meilleur des discours qui seront couronnés dans cette Académie, est comparable au mérite d’en avoir fondé le prix.

Le sage ne court point après la fortune; mais il n’est pas insensible à la gloire; et quand il la voit si mal distribuée, sa vertu, qu’un peu d’émulation auroit animée et rendu avantageuse à la société, tombe en langueur, & s’éteint dans la