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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/59

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Ils les en chassèrent enfin pour s’y établir eux-mêmes, ou du moins les Temples des Dieux ne se distinguèrent plus des maisons des citoyens. Ce fut alors le comble de la dépravation, & les vices ne furent jamais poussés, plus loin que quand on les vit pour ainsi dire soutenus, à l’entrée des Palais des Grands, sur des colonnes de marbre, & gravés sur des chapiteaux Corinthiens.

Tandis que les commodités de la vie se multiplient, que les Arts se perfectionnent, et que le luxe s’étend, le vrai courage s’énerve, les vertus militaires s’évanouissent ; & c’est encore l’ouvrage des sciences & de tous ces arts qui s’exercent dans l’ombre du cabinet. Quand les Goths ravagèrent la Grece, toutes les Bibliothèques ne furent sauvées du feu que par cette opinion semée par l’un d’entre eux, qu’il falloit laisser aux ennemis des meubles si propres à les détourner de l’exercice militaire, & à les amuser à des occupations oisives & sédentaires, Charles VIII se vit maître de la Toscane & du Royaume de Naples sans avoir presque tiré l’épée ; & toute sa Cour attribua cette facilité inespérée à ce que les Princes & la Noblesse d’Italie s’amusoient plus à se rendre ingénieux & savants, qu’ils ne s’éxerçoient à devenir vigoureux & guerriers. En effet, dit l’homme de sens qui rapporte ces deux traits, tous les exemples nous apprennent qu’en cette martiale police, & en toutes celle qui lui sont semblables , l’étude des sciences est bien plus propre à amollir & efféminer les courages, qu’à les affermir & les animer.

Les Romains ont avoué que la vertu militaire s’étoit éteinte parmi eux à mesure qu’ils avoient commencé à se connoître