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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/589

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merveilles de l’Univers. L’homme a dénaturé beaucoup de choſes pour les mieux convertir à ſon uſage ; en cela il n’eſt point à blâmer ; mais il n’en eſt pas moins vrai qu’il les a ſouvent défigurées, & que, quand dans les œuvres de ſes mains, il croit étudier vraiment la nature, il ſe trompe. Cette erreur a lieu ſur-tout dans la ſociété civile, elle a lieu de même dans les jardins. Ces fleurs doubles qu’on admire dans les parterres, ſont des monſtres dépourvus de la faculté de produire leur ſemblable dont la nature a doué tous tes êtres organiſés. Les arbres fruitiers ſont à-peu-près dans le même cas par la greffe ; vous aurez beau planter des pépins de Poires & de Pommes des meilleures eſpeces, il n’en naîtra jamais que des ſauvageons. Ainſi pour connoître la Poire & la Pomme de nature, il faut les chercher non dans les potagers, mais dans les forêts. La chair n’en eſt pas ſi groſſe & ſi ſucculente, mais les ſemences en mûriſſent mieux, en multiplient davantage, & les arbres en ſont infiniment plus grands & plus vigoureux. Mais j’entame ici un article qui me meneroit trop loin : revenons à nos potagers.

Nos arbres fruitiers, quoique greffés, gardent dans leur fructification tous les caracteres botaniques qui les diſtinguent, & c’eſt par l’étude attentive de ces caracteres, auſſi-bien que par les tranſformations de la greffe, qu’on s’aſſure qu’il n’y a, par exemple, qu’une ſeule eſpece de Poire ſous mille noms divers, par leſquels la forme & la ſaveur de leurs fruits les a fait diſtinguer en autant de prétendues eſpeces qui ne ſont au fond que des variétés. Bien plus, la Poire & la Pomme ne ſont que deux eſpeces du même genre, & leur unique différence