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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/557

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de cette étamine, & bientôt vous verrez l’étamine avec ſon anthère ſuivre l’épingle & ſe détacher des neuf autres qui continueront toujours de faire enſemble un ſeul corps, juſqu’à ce qu’elles ſe flétriſſent & deſſechent quand le germe fécondé devient gouſſe & qu’il n’a plus beſoin d’elles.

Cette Gouſſe dans laquelle l’ovaire ſe change en mûriſſant ſe diſtingue de la Silique des cruciferes, en ce que dans la Silique les graines ſont attachées alternativement aux deux ſutures, au lieu que dans la Gouſſe elles ne ſont attachées que d’un côté, c’eſt-à-dire, à une ſeulement des deux ſutures, tenant alternativement à la vérité aux deux valves qui la compoſent, mais toujours du même côté. Vous ſaiſirez parfaitement cette différence, ſi vous ouvrez en même tems la Gouſſe d’un Pois & la Silique d’une Giroflée, ayant attention de ne les prendre ni l’une ni l’autre en parfaite maturité, afin qu’après l’ouverture du fruit les graines reſtent attachées par leurs ligamens à leurs futures & à leurs valvules.

Si je me ſuis bien fait entendre, vous comprendrez, chere Couſine, quelles étonnantes précautions ont été cumulées par la nature pour amener l’embrion du Pois à maturité, & le garantir ſur-tout, au milieu des plus grandes pluies, de l’humidité qui lui eſt funeſte, ſans cependant l’enfermer dans une coque dure qui en eut fait une autre ſorte de fruit. Le ſuprême Ouvrier, attentif à la conſervation de tous les êtres, a mis de grands ſoins à garantir la fructification des plantes des atteintes qui lui peuvent nuire ; mais il paroit avoir redoublé d’attention pour celles qui ſervent à la nourriture de l’homme & des animaux, comme la plupart des légumineuſes.