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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/547

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LETTRE II.

Du 18 Octobre 1771.

PUisque vous ſaiſiſſez ſi bien, chere Couſine, les premiers linéamens des plantes, quoique ſi légèrement marqués, que votre œil clair-voyant ſait déjà diſtinguer un air de famille dans les liliacées, & que notre chere petite Botaniſte s’amuſe de corolles & de pétales, je vais vous propoſer une autre famille ſur laquelle elle pourra derechef exercer ſon petit ſavoir ; avec un peu plus de difficulté pourtant, je l’avoue, à cauſe des fleurs beaucoup plus petites, du feuillage plus varié ; mais avec le même plaiſir de ſa part & de la vôtre ; du moins ſi vous en prenez autant à ſuivre cette route fleurie que j’en trouve à vous la tracer.

Quand les premiers rayons du printems auront éclaire vos progrès en vous montrant dans les jardins les Jacinthes, les Tulipes, les Narciſſes, les Jonquilles à les Muguets dont l’analyſe vous eſt déjà connue, d’autres fleurs arrêteront bientôt vos regards & vous demanderont un nouvel examen. Telles ſeront les Giroflées ou Violiers ; telles les Juliennes ou Girardes. Tant que vous les trouverez doubles, ne vous attachez pas à leur examen ; elles ſeront défigurées, ou, ſi vous voulez, parées à notre mode, la nature ne s’y trouvera plus : elle refuſe de ſe reproduire par des monſtres ainſi mutilés ; car ſi la partie la plus brillante, ſavoir, la corolle, s’y multiplie, c’eſt