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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/451

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Cet acte héroïque aussi-tôt se divulgue. Déjà le peuple accourt en foule. Olinde accourt aussi tout alarmé. Le fait étoit sûr, le personne encore douteuse, ce pouvoit être la maitresse de son cœur. Mais si-tôt qu’il apperçoit la belle prisonniere en cet état, si-tôt qu’il voit les ministres de sa mort occupés à leur dur office, il s’élance, il heurte la foule.

Et crie au Roi : non, non ; ce vol n’est point de son fait ; c’est par folie qu’elle s’en ose vanter. Comment une jeune fille sans expérience pourroit-elle exécuter, tenter, concevoir même une pareille entreprise ? Comment a-t-elle trompé les gardes ? Comment s’y est-elle prise, pour enlever la sainte image ? Si elle l’a fait, qu’elle s’explique. C’est moi, Sire, qui ai fait le coup. Tel fut, tel fut l’amour dont même sans retour il brûla pour elle.

Il reprend ensuite. Je suis monté de nuit jusqu’à l’ouverture par où l’air & le jour entrent dans votre Mosquée, & tentant des routes presques inaccessibles, j’y suis entré par un passage étroit. Que celle-ci cesse d’usurper la peine qui m’est due. J’ai seul mérité l’honneur de la mort : c’est à moi qu’appartiennent ces chaînes, ce bûcher, ces flammes ; tout cela n’est destiné que pour moi.