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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/429

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n’étoit secouru, qu’Ixion avoit besoin d’enrayer, & Sysiphe de reprendre haleine ; mais comme relâcher un vétéran c’eût été laisser à Claude l’espoir d’obtenir un jour la même grace, on aima mieux imaginer quelque nouveau supplice qui, l’assujettissant à un vain travail, irritât incessamment sa cupidité par ne espérance illusoire. Eaque ordonna donc qu’il jouât aux dés avec un cornet percé, & d’abord on le vit se tourmenter inutilement à courir après ses dés.


Car à peine agitant le mobile cornet
Aux dés prêts à partir il demande sonnet,
Que malgré tous ses soins entre ses doitgs avides
Du cornet défoncé, panier des Danaïdes,
Il sent couler les dés ; ils tombent, & souvent
Sur la table, entraîné par ses gestes rapides,
Son bras avec effort jette un cornet de vent.

[*J’ai pris la liberté de substituer cette comparaison à celle de Sysiphe, employée par Séneque & trop rebattue depuis cet Auteur.]

Ainsi pour terrasser son adroit adversaire Sur l’arêne, un Athlete enflammé de colere, Du cette qu’il élevé espere le frapper ; L’autre gauchit, esquive, a le tems d’échapper, Et le coup frappant l’air avec toute sa force, Au bras qui l’a porté donne une rude entorse.

Là-dessus Caligula paroissant tout-à-coup, ses mit à le réclamer comme son esclave. Il produisoit des témoins qui l’avoient vu le charger des soufflets & d’étrivieres. Aussi-tôt il lui fut adjugé par Eaque. Et Caligula le donna à Ménandre son affranchi, pour en faire un de ses gens.