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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/397

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Vraiment, répondit Clotho, je vouloir lui laisser quelques jours pour faire Citoyens-Romains ce peu de gens qui sont encore l’être, puisque c’étoit son plaisir de voir Grecs, Gaulois, Espagnols, Bretons, & tout le monde en toge. Cependant, comme il est bon de laisser quelques étrangers pour graine, soit fait selon votre volonté. Alors elle ouvre une boëte & en tire trois fuseaux : l’un pour Augurinus, l’autre pour Babe, & le troisieme pour Claude ; ce sont, dit-elle, trois personnages que j’expédierai dans l’espace d’un an à peu d’intervalle entr’eux, afin que celui-ci n’aille pas tout seul. Sortant de se voir environné de tant de milliers d’hommes, que deviendroit-il abandonné tout d’un coup à lui-même ? Mais ces deux camarades lui suffiront.


Elle dit : & d’un tour fait sur un vil fuseau,
Du stupide mortel abrégeant l’agonie,
Elle tranche le cours de sa royale vie.
A l’instant Lachèsis, une de ses deux sœurs
Dans un habit paré de festons & de fleurs,
Et le front couronné des lauriers du permesse,
D’une toison d’argent prend une blanche tresse
Dont sort adroite main forme un fil délicat.
Le fil sur le fuseau prend un nouvel éclat ;
De sa rare beauté les sœurs sont étonnées,
Et toutes à l’envi de guirlandes ornées,
Voyant briller leur laine & s’enrichir encor
Avec un fil doré silent le siecle d’or :
De la blanche toison la laine détachée