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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/29

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Caton lui-même aima l’argent & le vin. Il eut des vices ignobles & fut l’admiration des Romains. Or ce Peuple se connoissoit en gloire.

L’homme vertueux est juste, prudent, modéré, sans être pour cela un Héros ; & trop fréquemment le Héros n’est rien de toit cela. Ne craignons point d’en convenir ; c’est souvent au mépris même de ces vertus que l’Héroïsme a dû son éclat. Que deviennent César, Alexandre, Pyrrhus, Annibal, envisagés de ce côté ? Avec quelques vices de moins peut-être eussent-ils été moins célebres ; car la gloire est le prix de l’HéroÏsme ; mais il en faut un autre pour la vertu.

S’il faloit distribuer les vertus à ceux à qui elles conviennent le mieux ; l’assignerois à l’homme d’Etat la prudence ; au Citoyen la justice ; au l’Philosophe la modération ; pour la force de l’ame, je la donnerois au Héros, & il n’auroit pas à se plaindre de son partage.

En effet, la force est la vrai fondement de Héroisme ; elle est la source ou le supplément des vertus qui le composent, & c’est elle qui le rend propre aux grandes choses. Rassemblez à plaisir les qualités qui peuvent concourir à former le grand homme, si vous n’y joignez la force pour les animer, elles tombent toutes en langueur & l’HéroÏsme s’évanouit. Au contraire, la seule force de l’ame donne nécessairement un grand nombre de vertus Héroiques à celui qui en est doue, & supplée à toutes les autres.

Comme on peut faire des actions de vertu sans être vertueux, on peut faire de grandes actions sans avoir droit à l’Héroïsme. Le Héros ne fait pas toujours de grandes actions ;