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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/28

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de sa vie n’ôteront pas un seul autel après sa mort.

La prudence est plutôt une qualité de l’esprit qu’une vertu de l’ame. Mais, de quelque maniere qu’on l’envisage, on lui trouve toujours plus de solidité que d’éclat, & elle sert plutôt à faire valoir les autres vertus qu’à briller par elle-même. La prudence, dit Montagne, si tendre & circonspecte, est mortelle ennemie des hautes exécutions, & de tout acte véritablement héroÏque : si elle prévient les grandes fautes, elle nuit aussi aux grandes entreprises ; car il en est peu ou il ne faille toujours donner au hazard beaucoup plus qu’il ne convient à l’homme sage. D’ailleurs, le caractere de l’HéroÏsme est de porter au plus haut degré les vertus qui lui sont propres. Or rien n’approche tant de la pusillanimité qu’une prudence excessive, & l’on ne s’éleve gueres au-dessus de l’homme, qu’en foulant quelquefois aux pieds la raison humaine. La prudence n’est donc point encore la vertu caractéristique du Héros.

La tempérance l’est encore moins, elle à qui l’Héroïsme même, qui n’est qu’une intempérance de gloire, semble donner l’exclusion. Ou sont les Héros que des excès de quelque espece n’ont point avilis ? Alexandre, dit-on, fut chaste ; mais fut-il sobre ? Cet émule du premier vainqueur de l’Inde n’imita-t-il pas ses dissolutions ? ne les réunit-il pas, quand à la suite d’une Courtisans il brûla le Palais de Persepolis ? Ah, que n’avoit-il une Maîtresse ! Dans sa funeste crapule il n’eut point tué son ami. César fut sobre, mais fut-il chaste, lui qui fit connoÎtre à Rome des prostitution inouies & changeoit de sexe a son gré. ? Alcibiade eut toutes les sortes d’intempérances, & n’en fut pas moins un des grands hommes de la Grece. Le vieux