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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/253

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& des exilés se livroient à l’espérance. La vile populace qui ne bougeoit du Cirque & des Théâtres, les esclaves perfides, ou ceux qui à la honte de Néron vivoient des dépouilles des gens de bien s’affligeoient & ne cherchoient que des troubles.

La milice de Rome de tout tems attachée aux Césars, & qui étoit laissée porter à déposer Néron plus à force d’art & de sollicitations que de son bon gré, ne recevant point le donatif promis au nom de Galba, jugeant de plus, que les services & les récompenses militaires auroient moins lieu durant la paix, & se voyant prévenue dans la faveur du Prince par les Légions qui l’avoient élu, se livroit à son penchant pour les nouveautés, excitée par la trahison de son Préfet Nymphidius qui aspiroit à l’Empire. Nymphidius périt dans cette entreprise ; mais après avoir perdu le chef de la sédition, ses complices ne l’avoient pas oubliée, & glosoient sur la vieillesse & l’avarice de Galba. Le bruit de sa sévérité militaire, autrefois si louée, alarmoit ceux qui ne pouvoient souffrir l’ancienne discipline, & quatorze ans de relâchement sous Néron leur faisoient autant aimer les vices de leurs Princes que jadis ils

respectoient leurs vertus. On répandoit aussi ce mot de Galba qui eût fait honneur à un Prince plus libéral, mais qu’on interprétoit par son humeur. Je sais choisir mes soldats & non les acheter.

Vinius & Lacon, l’un le plus vil & l’autre le plus méchant des hommes, le décrioient par leur conduite, & la haine de leurs forfaits retomboit sur son indolence. Cependant Galba