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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/23

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en le rendant honnête homme ? Faudra-t-il démentir l’oracle qui lui accorda presque les honneurs divins, & refuser l’Héroïsme à celui qui a fait des Héros de tous ses compatriotes ? Que dirons-nous du législateur d’Athenes qui sut garder sa liberté & sa vertu à la Cour même des tyrans, & osa soutenir en face à un Monarque opulent que la puissance & les richesses ne rendent point un homme heureux ? Que dirons-nous du plus grand des Romains & du plus vertueux des hommes, de ce modele des citoyens auquel seul l’oppresseur de la Patrie fit l’honneur de le haÏr assez pour prendre la plume contre lui, même après sa mort ? Ferons-nous cet affront à l’Héroïsme d’en refuser le titre à Caton d’Utique ? Et pourtant cet homme ne s’est point illustré dans les combats, & n’a point rempli le monde du bruit de ses exploits. Je me trompe ; il en a fait un, le plus difficile qui ait jamais été entrepris, & le seul qui ne sera point imite, quand d’un corps de gens de guerre il forma une société d’hommes sages, équitables & modestes.

On sait assez que le partage d’Auguste n’étoit pas la valeur. Ce n’est point aux rives d’Actium ni dans les plaines de Philippes qu’il a cueilli les lauriers qui l’ont immortalisé mais bien dans Rome pacifique & rendue heureuse. L’Univers soumis a moins fait pour la gloire & pour la sureté de sa vie que l’équité de ses loix & le pardon de Cinna : tant les vertus sociales sont dans les Héros même préférables au courage ! Le plus grand Capitaine du monde meurt assassiné en plein Sénat pour un peu de hauteur indiscrete, pour avoir voulu ajouter un vain titre a un pouvoir réel ; & l’auteur odieux