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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/229

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de si belles tirades ? Vous ne prêchâtes de votre vie aussi bien dans le bois sacré, quoique vous n’y parliez pas plus vrai. Si je vous laissois faire, vous changeriez bient ôt un conte de Fées en un traité de politique, & l’on trouveroit quelque jour dans les cabinets des Princes Barbe-bleue ou Peau-d’ane au lieu de Machiavel. Mais ne vous mettez point tant en frais pour deviner la fin de mon Conte.

Pour vous montrer que les dénouemens ne manquent pas au besoin, j’en vais dans quatre mots expédier un non pas aussi savant que le v ôtre, mais peut-être aussi naturel, & à coup sûr plus imprévu.

Vous saurez donc que les deux enfans jumeaux étant, comme je l’ai remarqué, fort semblables de figure & de plus habillés de même, le Roi croyant avoir pris son fils tenoit sa fille entre ses bras au moment de l’influence, & que la Reine trompée par le choix de son mari ayant aussi pris son fils pour sa fille, la Fée profita de cette erreur pour douer les deux enfans de la manière qui leur convenoit le mieux. Caprice fut donc le nom de la Princesse, Raison celui du Prince son frère, & en dépit des bizarreries de la Reine, tout se trouva dans l’ordre naturel. Parvenu au Tr ône après la mort du Roi, Raison fit beaucoup de bien & fort peu de bruit ; cherchant plut ôt à remplir ses devoirs qu’à s’acquérir de la réputation, il ne fit ni guerre aux étrangers ni violence à ses sujets & reçut plus de bénédictions que d’éloges. Tous les projets formés sous le précédent règne furent exécutés sous celui-ci, & en passant de la domination du Père sous celle du fils, les Peuples deux fois heureux crurent n’avoir pas changé de