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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/224

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donner insensiblement le r ôle de Schah-bahan, & me faire demander s’il y a aussi un Vaugirard aux Indes, comme un Madrid au Bois de Boulogne, un Opéra dans Paris, & un Philosophe à la Cour. Mais poursuis ta rapsodie, & ne me tends plus ces pièges ; car n’étant ni marié, ni Sultan, ce n’est pas la peine d’être un sot.

Enfin, dit Jalamir sans répondre au Druide, tout étant prêt, le jour fut pris pour ouvrir les portes du Ciel aux deux nouveau-nés. La Fée se rendit de bon matin au Palais, & déclara aux augustes Epoux qu’elle alloit faire à chacun de leurs enfans un présent digne de leur naissance & de son pouvoir. Je veux, dit-elle, avant que l’eau magique les dérobe à ma protection, les enrichir de mes dons, & leur donner des noms plus efficaces que ceux de tous les pieds-plats du Calendrier, puisqu’ils exprimeront des perfections dont j’aurai soin de le douer en même tems : mais comme vous devez connoître mieux que moi les qualités qui conviennent au bonheur de votre famille & de vos peuples, choisissez vous-mêmes & faites ainsi d’un seul acte de volonté sur chacun de vos deux enfans, ce que vingt ans d’éducation font rarement dans la jeunesse, & que la raison ne foit plus dans un âge avancé.

Aussi-t ôt grande altercation entre les deux Epoux. La Reine prétendoit seule régler à sa fantaisie le caractère de toute sa famille ; & le bon Prince qui sentoit toute l’importance d’un pareil choix, n’avoit garde de l’abandonner au caprice d’une femme dont il adoroit les folies sans les partager. Phénix vouloit des enfans qui devinssent un jour des gens raisonnables ; Fantasque aimoit mieux avoir de jolis enfans, & pourvu qu’ils