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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/223

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personne en enfer pour le bien de son âme, oû l’on ne s’avise point de regarder au prépuce des gens pour les damner ou les absoudre, & oû la Mitre & le Turban verd couvrent également les têtes sacrées pour servir de signalement aux yeux des sages, & de parure à ceux des sots.

Je sais bien que les loix de la Géographie qui règlent toutes les Religions du monde, veulent que les deux nouveau-nés soient Musulmans, mais on ne circoncit que les mâles, & j’ai besoin que mes jumeaux soient administrés tous deux ; ainsi trouvez bon que je les baptise. Fais, fais, dis le Druide ; voila, foi de Prêtre, un choix le mieux motivé dont j’aye entendu parler de ma vie.

La Reine qui se plaisoit à bouleverser toute l’étiquette, voulut se lever au bout de six jours, & sortir le septième, sous prétexte qu’elle se portoit bien ; en effet, elle nourrissoit ses enfans. Exemple odieux dont toutes les femmes lui représentèrent très-fortement les conséquences. Mais Fantasque qui craignoit les ravages du lait répandu, soutint qu’il n’y a point de tems plus perdu pour le plaisir de la vie, que celui qui vient après la mort ; que le sein d’une femme morte se flétrit pas moins que celui d’une nourrice, ajoutant d’un ton de Duègne, qu’il n’y a point de si belle gorge aux yeux d’un mari, que celle d’une mère qui nourrit ses enfans. Cette intervention des maris, dans les soins qui les regardent si peu, fit beaucoup rire les dames, & la Reine, trop jolie pour l’être impunément, leur parut dès-lors, malgré ses caprices, presque aussi ridicule que son Epoux, qu’elles appeloient par dérision, le Bourgeois de Vaugirard.

Je te vois venir, dit aussi-t ôt le Druide, tu voudrois me