Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/222

Cette page n’a pas encore été corrigée


l’infaillibilité du mensonge ni à ses prédictions la vertu de rendre impossibles les choses qu’elle annonçoit. D’autres, fondés sur la prédilection qui commençoit à se déclarer, poussèrent l’impudence jusqu’à soutenir qu’en donnant un Fils à la Reine & une Fille au Roi, l’événement avoit de tout point démenti la prophétie.

Tandis que tout se disposoit pour la pompe du baptême des deux nouveaux nés, & que l’orgueil humain se préparoit à briller humblement aux autels des Dieux...... Un moment, interrompit le Druide ; tu me brouilles d’une terrible façon. Apprends-moi je te prie, en quel lieu nous sommes. D’abord, pour rendre la Reine enceinte, tu la promenois parmi des reliques & des capuchons. Après cela tu nous as tout-à-coup fait passer aux Indes. À présent tu viens me parler du baptême, & puis des autels des Dieux. Par le grand Tharamis, je ne sais plus si dans la cérémonie que tu prépares nous allons adorer Jupiter, la bonne Vierge, ou Mahomet. Ce n’est pas qu’à moi Druide, il m’importe beaucoup que tes deux bambins soient baptisés ou circoncis, mais encore faut-il observer le costume, & ne pas m’exposer à prendre un Evêque pour le Moufti, & le Missel pour l’Alcoran. Le grand malheur ! lui dit Jalamir, d’aussi fins que vous s’y tromperoient bien. Dieu garde de mal tous les Prélats qui ont des sérails & prennent pour de l’arabe le latin du bréviaire : Dieu fasse paix à tous les honnêtes Cafards qui suivent l’intolérance du Prophète de la Mecque, toujours prêts à massacrer saintement le genre-humain pour la plus grande gloire du Créateur : mais vous devez vous ressouvenir que nous sommes dans un pays de Fées, oû l’on n’envoie