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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/220

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car bien qu’elle tire toujours de son propre fond le texte sur lequel elle argumente, elle met tant d’art, tant d’ordre, & tant de force dans ses raisonnemens & dans ses preuves, qu’une folie ainsi déguisée ne differe presque en rien de la sagesse. Sur ces idées que je garantis justes ou à-peu-près, je trouve un petit problême à proposer à mes lecteurs, & je les prie de vouloir bien décider laquelle c’est de mes deux ames qui a dicte cette feuille ?

Qu’on ne s’attende donc point à ne voir ici que de sages & graves dissertations, on y en verra sans doute, & où seroit la variété : mais je ne garantis point du tout qu’au milieu de la plus profonde métaphysique, il ne me prenne tout d’un coup une saillie extravagante, & qu’emboîtant mon lecteur dans l’Icosaedre de Bergerac, je ne le transporte tout d’un coup dans la lune ; tout comme à propos de l’Arioste & de l’Hypogriphe, je pourrois fort bien lui citer Platon, Locke ou Mallebranche.

Au reste, toutes matieres seront de ma compétence, j’étends ma jurisdiction indistinctement sur tout ce qui sortira de la presse, je m’arrogerai même, quand le cas y écherra, la droit de révision sur les jugemens de mes confreres ; & non content de me soumettre toutes les Imprimeries de France, je me propose aussi de faire de tems en tems de bonnes excursions hors du Royaume, & de me rendre tributaires l’Italie, la Hollande, & même l’Angleterre chacune à son tour, promettant foi de voyageur, la. véracité la plus exacte dans les actes que j’en rapporterai.

Quoique le lecteur se soucie sans doute, assez peu des