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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/208

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plaignez, & vous devez d’autant plus la plaindre que vous n’aurez jamais à m’en consoler. Vous me verrez toujours tel que je dois être, mais connoissez-moi toujours tel que je suis : vous n’aurez plus à censurer mes discours, mais souffrez mes lettres ; c’est tout ce que je vous demande. Je n’approcherai de vous que comme d’une Divinité devant laquelle on impose silence à ses passions. Vos vertus suspendront l’effet de vos charmes ; votre présence purifiera mon cœur ; je ne craindrai point d’être un séducteur en ne vous disant rien qu’il ne vous convienne d’entendre ; je cesserai de me croire ridicule quand vous ne me verrez jamais tel ; & je voudrai n’être plus coupable, quand je ne pourrai l’être que loin de vous.

Mes Lettres ? Non. Je ne dois pas même desirer de vous écrire, & vous ne devez le souffrir jamais. Je vous estimerois moins si vous en étiez capable. Sara, je te donne cette arme, pour t’en servir contre moi. Tu peux être dépositaire de mon fatal secret, tu n’en peux être la confidente. C’est assez pour moi que tu le saches, ce seroit trop pour toi de l’entendre répéter. Je me tairai : qu’aurois-je de plus à te dire ? Bannis-moi, méprise-moi désormais, si tu revois jamais ton amant dans l’ami que tu t’es choisi. Sans pouvoir te fuir, je te dis adieu pour la vie. Ce sacrifice étoit le dernier qui me restoit à te faire. C’étoit le seul qui fût digne de tes vertus & mon cœur.