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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/195

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C’etoit le même vieillard auteur du conseil donné aux Benjamites. Il avoir choisi lui-même Elmacin pour son gendre ; mais sa probité l’avoit empêché d’avertir sa fille du risque auquel il exposoit celles d’autrui.

Il arrive, & la prenant par la main : Axa, lui dit-il, tu connois mon cœur ; j’aime Elmacin, il eût été la consolation de mes vieux jours : mais le salut de ton peuple & l’honneur de ton pere doivent l’emporter sur lui. Fais ton devoir ma fille, & sauve-moi de l’opprobre parmi mes freres ; car j’ai conseillé tout ce qui s’est fait. Axa baisse la tête & soupire sans répondre ; mais enfin levant les yeux, elle rencontre ceux de son vénérable pere. Ils ont plus dit que sa bouche : elle prend son parti. Sa voix foible à tremblante prononce à peine dans un foible & dernier adieu le nom d’Elmacin qu’elle n’ose regarder, & se retournant à l’instant demi-morte, elle tombe dans les bras du Benjamite.

Un bruit s’excite dans l’assemblée. Mais Elmacin s’avance & fait figue de la main. Puis élevant la voix : écoute, ô Axa, lui dit-il, mon vœu solemnel. Puisque je ne puis être à toi, je ne serai jamais à nulle autre : le seul souvenir de nos jeunes ans que l’innocence & l’amour ont embellis me suffit. Jamais le fer n’a passé sur ma tête, jamais le vin n’a mouillé mes levres, mon corps est aussi pur que mon cœur : Prêtres du Dieu vivant, je me voue à son service ; recevez le Nazaréen du Seigneur.

Aussi-tôt, comme par une inspiration subite, toutes les filles, entraînées par l’exemple d’Axa imitent son sacrifice, & renonçant à leurs premieres amours se livrent aux Benja-