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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/194

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la foule & veulent dégager leurs files ; les ravisseurs autorises défendent leur proie ; enfin les anciens font entendre leur voix, & le peuple, ému de compassion pour les Benjamites s’intéresse en leur faveur.

Mais les peres, indignes de l’ouvrage fait à leurs filles, ne cessoient point leurs clameurs. Quoi ! s’écrioient-ils avec véhémence, des files d’IsraËl seront-elles asservies & traitées en esclaves sous les yeux du Seigneur ? Benjamin nous sera-t-il comme le Moabite & l’Idumeen ? Ou est la liberté du peuple de Dieu ? Partagée entre la justice & la pitié, l’assemblée prononce enfin que les captives seront remises en liberté & décideront elles-mêmes de leur fort. Les ravisseurs forces de céder à ce jugement les relâchent à regret, & tachent de substituer à la force des moyens plus puissans sur leurs jeunes cœurs. Aussi-tôt elles s’échappent & fuient toutes ensemble ; ils les suivent, leur tendent les bras, & leur crient ; filles de Silo, ferez-vous plus heureuses avec d’autres ? Les restes de Benjamin sont-ils indignes de vous fléchir ? Mais plusieurs d’entr’elles, déjà liées par des attachemens secrets palpitoient d’aise d’échapper à leurs ravisseurs. Axa, la tendre Axa parmi les autres, en s’élançant dans les bras de sa mere qu’elle voit accourir, jette furtivement les yeux sur le jeune Elmacin auquel elle etoit promise, & qui venoit plein de douleur & de rage la dégager au prix de son sang. Elmacin la revoit, tend les bras, s’écrie & ne peut parler ; la course & l’émotion l’ont mis hors d’haleine. Le Benjamite apperçoit ce transport, ce coup-d’œil ; il devine tout, il gémit & prêt à se retirer il voit arriver le Pere d’Axa.