Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/187

Cette page n’a pas encore été corrigée


leurs freres, &, loin de leur accorder la satisfaction qu’ils leur devoient, ils sortirent en armes de toutes les villes de leurs partages, & accoururent à la défense de Gabaa, sans se laisser essayer par le nombre, & résolus de combattre seuls tout le peuple réuni. L’armée de Benjamin se trouva de vingt-cinq mille hommes tirant l’epée, outre le habitans de Gabaa, au nombre de sept-cents hommes bien aguerris, maniant les armes des deux mains avec la même adresse & tous si excellens tireurs de fronde qu’ils pouvoient attendre un cheveu, sans que la pierre déclinât de cote ni d’autre.

L’armée d’Israel s’étant assemblée & ayant élu ses chefs vint camper devant Gabaa, comptant emporter aisément cette place. Mais les Benjamites étant sortis en bon ordre, l’attaquent, la rompent, la poursuivent avec furie, la terreur les précede & la mort les suit. On voyoit les forts d’Israel en déroute tomber par milliers sous leur epée, & les champs de Rama se couvrir de cadavres, comme les fables d’Elath se couvrent des nuées de sauterelles qu’en vent brûlant apporte & tue en un jour. Vingt-deux mille hommes de l’armée d’Israel périrent dans ce combat : mais leurs freres ne se découragerent point, & se fiant à leur force & à leur grand nombre encore plus qu’a la justice de leur cause, ils vinrent le lendemain se ranger en bataille dans le même lieu.

Toutefois avant que de risquer un nouveau combat, ils etoient montes la veille devant le Seigneur, & pleurant jusqu’au soir en sa présence ils l’avoient consulte sur le sort de cette guerre. Mais il leur dit ; allez & combattez ; votre devoir dépend-il de l’événement ?