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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/161

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Je me lasse & je pose la plume pour ne la plus reprendre dans cette trop longue dispute. J’apprends qu’un très-grand nombre d’Auteurs *

[* Il n’y a pas jusqu’a de petites feuilles critiques faites pour l’amusement des jeunes gens, ou l’on ne m’ait fait l’honneur de se souvenir de moi. Je ne les ai point lues & ne les lirai point très-assurément ; mais rien ne m’empêche d’en faire le cas qu’elles méritent, & je ne doute point que tout cela ne soit fort plaisant.] se sont exerces à me réfuter. Je suis très-fache de ne pouvoir répondre à tous ; mais je crois avoir montre, par ceux que j’ai choisis *

[* On m’assure que M. Gautier m’a fait l’honneur de me répliquer, quoique je ne lui eusse point refondu & que j’eusse même expose mes raisons pour n’en rien faire. Apparemment que M. Gautier ne trouve pas ces raisons bonnes, puisqu’il prend la peine de les réfuter. Je vois bien qu’il faut céder à M. Gautier ; & je conviens de très-bon cœur du tort que j’ai eu de ne lui pas répondre ; ainsi nous voilà, d’accord. Mon regret est de ne pouvoir réparer ma faute. Car par malheur il n’est plus tems & personne ne sauroit de quoi je veux parler.] pour cela, que ce n’est pas crainte qui me retient à l’égard des autres.

J’ai tache d’élever un monument qui ne dut point à l’Art & sa force & sa solidité : la vérité seule, à qui je l’ai consacre, à droit de le rendre inébranlable : &. si je repousse encore une fois les coups qu’on lui porte, c’est plus pour m’honorer moi-même en la défendant, que pour lui prêter un secours dont elle n’a pas besoin.

Qu’il me soit permis de protester en finissant, que le seul amour de l’humanité & de la vertu m’a fait rompre le silence ; & que l’amertume de mes invectives contre les vices dont je suis le témoin, ne naît que de la douleur qu’ils m’inspirent, & du désir ardent que j’aurois de voir les hommes plus heureux, & sur-tout plus dignes de l’être.

FIN.