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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/151

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je pas aussi ton enfant ?" Je voudrois bien qu’on prit la peine de me dire ce que Brutes auroit pu répondre.

Brutus, me dira-t-on encore, devoir abdiquer le Consulat, plutôt que de faire périr ses enfans. Et moi je dis que tout Magistrat qui, dans une circonstance aussi périlleuse, abandonne le soin de la patrie & abdique la Magistrature, est un traître qui mérite la mort.

Il n’y a point de milieu ; il faloit que Brutes fût un infâme, ou que les têtes de Titus & de Tiberinus tombassent par son l’ordre sous la hache des Licteurs. Je ne dis pas pour cela que beaucoup de gens eussent choisi comme lui.

Quoiqu’on ne se décide pas ouvertement pour les derniers tems de Rome, on laisse pourtant assez entende qu’on les préféré aux premiers ; & l’on a autant de peine à appercevoir de grands hommes à travers la simplicité de ceux-ci, que j’en ai moi-même à appercevoir d’honnêtes gens à travers la pompe des autres. On oppose Titus à Fabricius : mais on a omis cette différence, qu’au tems de Pyrrhus tous les Romains etoient des Fabricius, au lieu que sous le regne de Tite il n’y avoit que lui seul d’homme de bien. *

[*Si Titus n’eut été Empereur, nous n’aurions jamais entendu parler de lui ; car il eut continue de vivre comme les autres : & il ne devint homme de bien, que quand, cessant de recevoir l’exemple de son siecle, il lui fut permis d’en donner un meilleur. Privatus atque etiàm sub patre principe, ne odio quidem, nedum vituperatione publicâ caruit. At illi ea fama pro bono cessit, conversaque est in maximas laudes.] J’oublierai, si l’on veut, les actions héroiques des premiers Romains & les crimes des derniers : mais ce que je ne saurois oublier, c’est que la vertu etoit honore des uns & méprisée des autres ;