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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/150

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fortunâ compositus. Non video, inquam, quid habeat in terris Jupiter pulchrius, si convertere animum velit, quàm ut spectet Catonem, jam, partibus non semel fractis, nihilominus inter ruinas publicas erectum.

Voici ce qu’on nous dit ailleurs des premiers Romains. J’admire les Brutes, les Décius, les Lucrece, les Virginius, les Scevola. C’est quelque chose dans le siecle ou nous-sommes. Mais j’admirerai encore plus un etat puisant & bien gouverne. Un etat puissant, & bien gouverne ! Et moi aussi vraiment. Où les Citoyens ne seront point condamnes à des vertus si cruelles. J’entends ; il est plus commode de vivre dans une constitution de choses ou chacun soit dispense d’être homme de bien. Mais si les Citoyens de cet etat qu’on admire, se trouvoient réduits par quelque malheur ou à renoncer à la vertu, ou à pratiquer ces vertus cruelles, & qu’ils eussent la force de faire leur devoir, seroit-ce donc une raison de les admire moins ?

Prenons l’exemple qui révolte le plus notre siecle, & examinons la conduite de Brutes souverain Magistrat, faisant mourir ses enfans qui avoient conspire contre l’Etat dans un moment critique ou il ne faloit presque rien pour le renverser. Il est certain que, s’il leur eut fait grace ; son collègue eut infailliblement sauve tous les autres complices, & que la République etoit perdue. Qu’importe, me dira-t-on ? Puisque cela est si indifférent, supposons donc qu’elle eut subsiste, & que Brutes ayant condamne à mort quelque malfaiteur, !e coupable lui eut parle ainsi : "Consul, pourquoi me fais-tu mourir ? Ai-je fait pis que de trahir ma patrie ? & ne suis-je