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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/15

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DISCOURS SUR CETTE QUESTION.

Quelle est la Vertu la plus nécessaire aux Héros ; & quels sont les Héros à qui cette Vertu a manqué ?

Si je n’étois Alexandre, disoit ce Conquérant, je voudrois être Diogene. Le Philosophie eût-il dit : si je n’etois ce que je fuis, je voudrais être Alexandre. J’en doute ; un Conquérant consentiroit plutÔt d’être un Sage qu’un Sage d’être un Conquérant. Mais quel homme au monde ne consentiroit pas d’être un Héros ? On sent donc que l’Héroïsme a des vertus à lui, qui ne dépendent point de la fortune, mais qui ont besoin d’elle pour se développer. Le Héros est l’ouvrage de la nature, de la fortune, & de lui-même. Pour bien le définir, il faudroit assigner ce qu’il tient de chacun des trois.

Toutes les vertus appartiennent au Sage. Le Héros se dédommage de celles qui lui manquent par l’éclat de celles qu’il possede. Les vertus du premier sont tempérées, mais il est exempt de vices ; si le fécond a des défauts, ils sont effacés par l’éclat de ses vertus. L’un toujours vrai n’a point de mauvaises qualités ; l’autre toujours grand n’en a point