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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/148

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pages après, on avoue que Fabricius meprisoit l’or de Pyrrhus, & son ne peut ignorer que l’histoire Romaine est pleine d’exemples de la facilite qu’eussent eue à s’enrichir ces Magistrats, ces guerriers vénérables qui faisoient tant de cas de leur pauvreté.*

[*Curius refusant les présens de Samnites, disoit qu’il aimoit mieux commander à ceux qui avoient de l’or que d’en avoir lui-même. Curius avoit raison. Ceux qui aiment les richesses sont faits pour commander. Ce n’est pas la force de l’or qui asservit les méprisent pour commander. Ce n’est pas la force de l’or qui asservit les pauvres aux riches, mais c’est qu’ils veulent s’enrichir à leur tout ; sans cela, ils seroient nécessairement les maîtres. ] Quant au courage ne fait-on pas que la lâcheté ne sauroit entendre raison ? & qu’un poltron ne laisse pas de fuir, quoique sur d’être tue en fuyant ? C’est, dit-on, vouloir contraindre un homme sort & robuste à bégayer dans un berceau, que de vouloir rappeller les grands Etats aux petites vertus des petites Républiques. Voilà une phrase qui ne doit pas être nouvelle dans les Cours. Elle eut été très-digne de Tibere ou Catherine de Médicis, & je ne doute pas que l’un & l’autre n’en aient souvent employé de semblables.

Il seroit difficile d’imaginer qu’il salut mesurer la morale avec un instrument d’arpenteur. Cependant on ne sauroit dire que l’étendue des etats soit tout-à-fait indifférente aux mœurs des Citoyens. Il y a surement quelque proportion entre ces choses ; je ne sais si cette proportion ne seroit point inverse. *

[*La hauteur de mes adversaires me donneroit à la fin de l’indiscrétion, si je continuois à disputer contre eux. Ils croient m’en imposer avec leur mépris pour les petits Etats : ne craignent-ils point que je ne leur demande une fois s’ils est bon qu’il y en ait de grands ?] Voilà une importance question à méditer ; & je crois qu’on