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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/131

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aura toujours cette différence, que celui qui se rend utile travaille pour les autres, & que celui qui ne songe qu’a se rendre agréable ne travaille que pour lui. Le flatteur, par exemple, n’épargne aucun soin pour plaire, & cependant il ne fait que du mal.

La vanité & l’oisiveté, qui ont engendre nos sciences, ont aussi engendre le luxe. Le goût du luxe accompagne toujours celui des Lettres, & le goût des Lettres accompagne souvent celui du luxe : *

[* On m’a oppose quelque part le luxe des Asiatiques, par cette même de raisonner qui fait qu’on m’opposer les vices des peuples ignorans. Mais par un malheur qui poursuit mes adversaires, ils se trompent même dans les faits qui ne prouvent rien contre moi. Je fais bien que les peuples de l’Orient ne sont pas moins ignorans que nous ; mais cela n’empêche pas qu’ils ne soient aussi vains & ne fassent presque autant de livres. Les Turcs, ceux de tous qui cultivent le moins les Lettres, comptoient parmi eux cinq cents quatre-vingt Poetes classiques vers le milieu du siecle dernier.] toutes ces choses se tiennent assez fidelle compagnie, parce qu’elles sont l’ouvrage des mêmes vices.

Si l’expérience ne s’accordoit pas avec ces propositions démontrées, il faudroit chercher les causes particulieres de cette contrariété. Mais la premiere idée de ces propositions est née elle-même d’une longue méditation sur l’expérience : & pour voir à quel point elle les confirme, il ne faut qu’ouvrir les annales du monde.

Les premiers hommes furent très-ignorans. Comment oseroit-on dire qu’ils etoient corrompus, dans des tems ou les sources de la corruption n’etoient pas encore ouvertes ?

À travers l’obscurité des anciens tems & la rusticité des anciens Peuples, on apperçoit chez plusieurs d’entr’eux de fort