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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/120

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Il y a une ignorance féroce*

[*Je serai fort étonne, si quelqu’un de mes critiques ne part de l’éloge que j’ai fait de plusieurs peuples ignorans & vertueux, pour m’opposer la liste de toutes les troupes de brigands qui ont infecte la terre, & qui, pour l’ordinaire, n’etoient pas de fort savans hommes. Je les exhorte d’avance, à ne pas se fatiguer à cette recherche, à moins qu’ils ne l’estiment nécessaire pour montrer de l’érudition. Si j’avois dit qu’il suffit d’être ignorant pour être vertueux, ce ne pas la peine de me répondre ; & par la même raison, je me croira très-dispense de répondre moi-même à ceux qui perdront leur tems à me soutenir le contraire. Voyez le Timon de M. de Voltaire.] & brutale, qui naît d’un mauvais cœur & d’un esprit faux ; une ignorance criminelle qui s’étend jusqu’aux devoirs de l’humanité ; qui multiplie les vices ; qui dégrade la raison, avilit l’ame & rend les hommes semblables aux bêtes : cette ignorance est celle que l’Auteur attaque, & dons il fait un portrait fort odieux & tort ressemblant. Il y a une autre sorte d’ignorance raisonnable, qui consiste à borner sa curiosité à l’étendue des facultés qu’on a reçues ; une ignorance modeste, qui naît d’un vif amour pour la vertu, & n’inspire qu’indifférence sur toutes les choses qui ne sont point dignes de remplir le cœur de l’homme, & qui ne contribuent point à le rendre meilleur ; une douce & précieuse ignorance, trésor d’une ame pure & contente de foi, qui met toute sa félicite à se replier sur elle-même, se rend témoignage de son innocence, & n’a pas besoin de chercher un faux & vain bonheur dans l’opinion que les autres pourroient avoir de ses lumieres : voilà l’ignorance que j’ai louée, & celle que je demande au Ciel en punition du scandale que j’ai cause aux doctes, par mon mépris déclare pour les Sciences humaines.

Que l’on compare, dit l’ Auteur, à ces tems d’ignorance &