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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/93

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barbares. Vos institutions, vos lois, vos cultes, vos vertus mêmes tourmentent l’homme & le dégradent. Vous n’avez que de tristes devoirs à lui prescrire. Des jeûnes, des privations, des combats, des mutilations, des clôtures : vous ne savez lui faire un devoir que de ce qui peut l’affliger & le contraindre. Vous lui faites haïr la vie & les moyens de la conserver : vos femmes sont sans hommes, vos terres sont sans culture ; vous mangez les animaux & vous massacrez les humains ; vous aimez le sang, les meurtres ; tous vos établissements choquent la nature, avilissent l’espece humaine ; &, sous le double joug du despotisme & du fanatisme, vous l’écrasez de ses Rois & de ses Dieux."

"Pour nous, nous sommes des hommes de paix, nous ne faisons ni ne voulons aucun mal à rien de ce qui respire, non pas même à nos Tyrans : nous leur cédons sans regret le fruit de nos peines, contens de leur être utiles & de remplir nos devoirs. Nos nombreux bestiaux couvrent vos pâturages ; les arbres plantés par nos mains, vous donnent leurs fruits & leurs ombres ; vos terres que nous cultivons vous nourrissent par nos soins : un peuple simple & doux multiplie sous vos outrages, & tire pour vous la vie & l’abondance du sein de la mere commune où vous ne savez rien trouver. Le soleil que nous prenons à témoin de nos œuvres éclaire notre patience & vos injustices ; il ne se leve point sans nous trouver occupés à bien faire, & en se couchant il nous ramene au sein de nos familles nous préparer à de nouveaux travaux."