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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/89

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annuller leurs mariages,*

[*Dans un Arrêt du Parlement de Toulouse, concernant l’affaire de l’infortuné Calas, on reproche aux Protestans de faire entre eux des mariages, qui, selon les Protestans, ne sont que des Actes civils, & par conséquent soumis entiérement pour la forme & les effets a la volonté du Roi.

Ainsi de ce que, selon les Protestants, le mariage est un acte civil, il s’ensuit qu’ils sont obligés de se soumettre à la volonté du Roi, qui en fait un acte de la Religion Catholique. Les Protestans, pour se marier, sont légitimement tenus de se faire Catholiques ; attendu que, selon eux, le mariage est un acte civil. Telle est la maniere de raisonner de Messieurs du Parlement de Toulouse.

La France est un Royaume si vaste, que les François se sont mis dans l’esprit que le genre humain ne devoit. point avoir d’autres loix que les leurs. Leurs Parlemens & leurs Tribunaux paroissent n’avoir aucune idée du Droit naturel ni du Droit des Gens ; & il est à remarquer que dans tout ce grand Royaume où sont tant d’Universités, tant de Colleges, tant d’Académies, & où l’on enseigne avec tant d’importance tant d’inutilités, il n’y a pas une seule chaire de Droit naturel. C’est le seul peuple d’Europe qui ait regardé cette étude comme n’étant bonne à rien.] déclarer leurs enfants bâtards...... en ne disant que ce qui est, j’en dirois trop ; il faut me taire.

Voici, du moins, ce que je puis dire. En considérant la seule raison d’Etat, peut-être a-t-on bien fait d’ôter aux Protestants François tous leurs chefs : mais il faloit s’arrêter là. Les maximes politiques ont leurs applications & leurs distinctions. Pour prévenir des dissensions qu’on n’a plus à craindre, non s’ôte des ressources dont on auroit grand besoin. Un parti qui n’a plus ni Grands ni Noblesse à sa tête, quel mal peut-il faire dans un Royaume tel que la France ? Examinez toutes vos précédentes guerres, appellées guerres de Religion ; vous trouverez qu’il n’y en a pas une qui n’ait eu sa cause à la Cour & dans les intérêts des Grands. Des intrigues de Cabinet brouilloient les affaires, & puis les Chefs