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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/81

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d’autres sa façon de penser. Si, par exemple, quelqu’un, même constitué en autorité, venoit me demander mon sentiment sur la fameuse question de l’hypostase dont la bible ne dit pas un mot, mais pour laquelle tant de grands enfants ont tenu des Conciles, & tant d’hommes ont été tourmentés ; après lui avoir dit que je ne l’entends point, & ne me soucie point de l’entendre, je le prierois, le plus honnêtement que je pourrois, de se mêler de ses affaires ; & s’il insistoit, je le laisserois-là.

Voilà le seul principe sur lequel on puisse établir quelque chose de fixe & d’équitable sur les disputes de Religion ; sans quoi, chacun posant de son côté ce qui est en question, jamais on ne conviendra de rien, l’on ne s’entendra de la vie, & la Religion, qui devroit faire le bonheur des hommes, fera toujours leurs plus grands maux.

Mais plus les Religions vieillissent, plus leur objet se perd de vue ; les subtilités se multiplient, on veut tout expliquer, tout décider, tout entendre ; incessamment la doctrine se raffine, & la morale dépérit toujours plus. Assurément il y a loin de l’esprit du Deutéronome à l’esprit du Talmud & de la Misna, & de l’esprit de l’Evangile aux querelles sur la Constitution ! Saint Thomas demande*

[*Secunda secundae Quaest. I. Art, VII.] si par la succession des tems les articles de foi se sont multipliés, & il se déclare pour l’affirmative. C’est-à-dire que les docteurs, renchérissant les uns sur les autres, en savent plus que n’en ont dit les Apôtres & Jésus-Christ. Saint Paul avoue ne voir