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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/75

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naturelle, & toute obligation qui lie entr’eux les humains ; de sorte que selon lui le Chrétien & l’infidele qui contractent entre eux, ne sont tenus à rien du tout l’un envers l’autre, puisqu’il n’y a point de loi commune à tous les deux.

Je vois donc deux manieres d’examiner & comparer les Religions diverses ; l’une selon le vrai & le faux qui s’y trouvent, soit quant aux faits naturels ou surnaturels sur lesquels elles sont établies, soit quant aux notions que la raison nous donne de l’Etre suprême & du culte qu’il veut de nous ; l’autre selon leurs effets temporels & moraux sur la terre, selon le bien ou le mal qu’elles peuvent faire à la société & au genre-humain. Il ne faut pas, pour empêcher ce double examen, commencer par décider que ces deux choses vont toujours ensemble, & que la Religion la plus vraie est aussi la plus sociable : c’est précisément ce qui est en question ; & il ne faut pas d’abord crier que celui qui traite cette question est un impie, un athée, puisque autre chose est de croire, & autre chose d’examiner l’effet de ce que l’on croit.

Il paroît pourtant certain, je l’avoue, que si l’homme est fait pour la société, la Religion la plus vraie est aussi la plus sociale & la plus humaine : car Dieu veut que nous soyons tels qu’il nous a faits ; & s’il étoit vrai qu’il nous eût fait méchants, ce seroit lui désobéir que de vouloir cesser de l’être. De plus, la Religion considérée comme une relation entre Dieu & l’homme, ne peut aller à la gloire de Dieu que par les bien-être de l’homme, puisque l’autre terme de la relation, qui est Dieu, est par sa nature au-dessus de tout ce que peut l’homme pour ou contre lui.