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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/70

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le pense, il tend à son but. Celui qui n’a d’autre intérêt que d’être vrai, n’est point tenté de mentir, & il n’y a nul homme sensé quine préfere le moyen le plus simple, quand il est aussi le plus sûr. Mes ennemis auront beau faire avec leurs injures ; ils ne m’ôteront point l’honneur d’être un homme véridique en toute chose, d’être le seul Auteur de mon siecle & de beaucoup d’autres qui ait écrit de bonne foi, & qui n’ait dit que ce qu’il a cru : ils pourront un moment souiller ma réputation à force de rumeurs & de calomnies ; mais elle en triomphera tôt ou tard : car tandis qu’ils varieront dans leurs imputations ridicules, je resterai toujours le même, & sans autre art que ma franchise, j’ai de quoi les désoler toujours.

Mais cette franchise est déplacée avec le public ! Mais toute vérité n’est pas bonne à dire ! Mais bien que tous les gens sensés pensent comme vous, il n’est pas bon que le vulgaire pense ainsi ! Voilà ce qu’on me crie de toutes parts ; voilà peut-être ce que vous me diriez vous-même, si nous étions tête-à-tête dans votre cabinet. Tels sont les hommes. Ils changent de langage comme d’habit ; ils ne disent la vérité qu’en robe de chambre ; en habit de parade ils ne savent plus que mentir, & non-seulement ils sont trompeurs & fourbes à la face du genre-humain, mais ils n’ont pas honte de punir, contre leur conscience, quiconque ose n’être pas fourbe & trompeur public comme eux. Mais ce principe est-il bien vrai, que toute vérité n’est pas bonne à dire ? Quand il le seroit, s’ensuivroit-il que nulle erreur ne fût bonne à détruire, & toutes les folies des hommes