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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/61

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moins je la conçois, plus je l’adore. Je m’humilie, & lui dis : Etre des êtres, je suis parce que tu es ; c’est m’élever à ma source que de te méditer sans cesse. Le plus digne usage de ma raison est de s’anéantir devant toi : c’est mon ravissement d’esprit, c’est le charme de ma foiblesse de me sentir accablé de ta grandeur."

Voilà ma réponse, & je la crois péremptoire. Faut-il vous dire à présent où je l’ai prise ? Je l’ai tirée mot-à-mot de l’endroit même que vous accusez de contradiction.*

[*Emile, Tome II. pag 51 in 4̊. Tome III. pag.79. In 8̊. & in 12̊.] Vous en usez comme tous mes adversaires, qui, pour me réfuter, ne font qu’écrire les objections que je me suis faites, & supprimer mes solutions. La réponse est déjà toute prête ; c’est l’ouvrage qu’ils ont réfuté.

Nous avançons, Monseigneur, vers les discussions les plus importantes.

Après avoir attaqué mon Systême & mon Livre, vous attaquez aussi ma Religion ; & parce que le Vicaire Catholique fait des objections contre son Eglise, vous cherchez à me faire passer pour ennemi de la mienne ; comme si proposer des difficultés sur un sentiment, c’étoit y renoncer ; comme si toute connoissance humaine n’avoit pas les siennes ; comme si la Géométrie elle-même n’en avoit pas, ou que les Géometres se fissent une loi de les taire pour ne pas nuire à la certitude de leur art.

La réponse que j’ai d’avance à vous faire, est de vous déclarer avec ma franchise ordinaire mes sentiments en matiere de Religion, tels que je les ai professés dans tous mes Ecrits,