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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/595

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poisonne, qu’ils soient libres & généreux comme vous ; que le soleil éclaire vos innocens Spectacles ; vous en formerez un vous-mêmes, le plus digne qu’il puisse éclairer.

Mais quels seront enfin les objets de ces Spectacles ? Qu’y montrera-t-on ? Rien, si l’on veut. Avec la liberté, par-tout où regne l’affluence, le bien-être y regne aussi. Plantez au milieu d’une place un piquet couronne de fleurs, rassemblez-y le Peuple, & vous aurez une fête. Faites mieux encore : donnez les spectateurs en spectacle ; rendez-les acteurs eux-memes ; faites que chacun se voye & s’aime dans les autres, afin que tous en soient mieux unis. Je n’ai pas besoin de renvoyer aux jeux des anciens Grecs : il en est de plus modernes, il en est d’existans encore, & je les trouve précisément parmi nous. Nous avons tous les ans des revues, des prix publics, des Rois de l’arquebuse, du canon, de la navigation. On ne peut trop multiplier des etablissemens si utiles *

[* Il ne suffit pas que le peuple ait du pain & vive dans sa condition. Il faut qu’il y vive agréablement,, afin qu’il en remplisse mieux les devoirs, qu’il se tourmente moins pour en sortir, & que l’ordre public soit mieux établi. Les bonnes mœurs tiennent plus qu’on ne pense à ce que chacun se plaise dans son etat. Le manège & l’esprit d’intrigue viennent l’inquiétude & de mécontentement, tout va mal quand l’un aspire à l’emploi d’un autre. Il faut aimer son métier pour le bien faire. L’assiette de l’Etat n’est bonne & solide que quand, tous se sentant à leur place, les forces particulieres se réunissent & concourent au bien public ; au lieu, de s’user l’une contre l’autre, comme elles sont dans tout Etat mal constitue. Cela pose, que doit-on penser de ceux qui voudroient ôter au peuple les fêtes, les plaisirs & toute espece d’amusement, comme autant de distractions qui le détournent de son travail ? Cette maxime est barbare & fausse. Tant pis, si le peuple n’a de tems que pour gagner son pain, il lui en faut encore pour le manger avec joie : autrement il ne le gagnera pas’long-tems. Ce Dieu juste & bienfaisant, qui veut qu’il s’occupe, veut aussi qu’il se délasse : la nature lui impose également l’exercice & le repos, le plaisir & la peine. Le dégoût du travail accable plus les malheureux que le travail même. Voulez-vous donc rendre un peuple actif & laborieux ? Donnez-lui des fêtes, offrez-lui des à amusemens qui lui fassent aimer son etat & l’empêchent d’en envier un plus doux. Des jours ainsi perdus seront mieux valoir tous les autres. Présidez à ses plaisirs pour les rendre honnêtes ; c’est le vrai moyen d’animer ses travaux.] & si agréables ; on ne peut trop avoir de semblables Rois. Pourquoi ne serions-nous pas, pour nous rendre dispos & robustes, ce que nous saisons pour nous exercer