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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/581

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des gens oisifs ? Il les partage donc ; & ce même amusement, qui fournit un moyen d’économie au riche, affoiblit doublement le pauvre, soit par un surcroît réel de dépenses, soit par moins de zele au travail, comme je l’ai ci-devant expliqué.

De ces nouvelles réflexions, il suit évidemment, ce me semble, que les Spectacles modernes, où l’on n’assiste qu’a prix d’argent, tendent par-tout à favoriser & augmenter l’inégalité des fortunes, moins sensiblement, il est vrai, dans les capitales que dans une petite ville comme la nôtre. Si j’accorde que cette inégalité, portée jusqu’à certain point, peut avoir ses avantages, vous m’accorderez bien aussi qu’elle doit avoir des bornes, sur-tout dans un petit Etat, & sur-tout dans une République. Dans une Monarchie où tous les ordre sont intermédiaires entre le l’Prince & le Peuple, il peut être assez indifférent que quelques hommes passent de l’un à l’autre : car, comme d’autres les remplacent, ce changement n’interrompt point la progression. Mais dans une Démocratie où les sujets & le souverain ne sont que les mêmes hommes considères sous différens rapports, si-tôt que le plus petit nombre l’emporte en richesses sur le plus grand, il faut que l’Etat périsse ou change de forme. Soit que le riche devienne plus riche ou le pauvre plus indigent, la différence des fortunes n’en augmente pas moins d’une maniere que de l’autre ; & cette différence, portée au-delà de sa mesure, est ce qui détruit l’équilibre dont j’ai parle.

Jamais dans une Monarchie l’opulence d’un particulier ne peut le mettre au-dessus du Prince ; mais dans une République elle peut aisément le mettre au-dessus des loix. Alors