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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/579

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contenterai d’en choisir une qui convient mieux au plus grand nombre : parce qu’elle se borne à des considérations d’intérêt & d’argent, toujours plus sensibles au vulgaire que des effets moraux dont il n’est pas en etat de voir les liaisons avec leurs causes, ni l’influence sur le destin de l’Etat.

On peut considérer les Spectacles, quand ils réussissent ; comme une espece de taxe qui, bien que volontaire, n’en est pas moins onéreuse au peuple : en ce qu’elle lui fournit une continuelle occasion de dépense à laquelle il ne résiste pas. Cette taxe est mauvaise : non-seulement parce qu’il n’en revient rien au souverain ; mais sur-tout parce que la répartition, loin d’être proportionnelle, charge le pauvre au-delà de ses forces & soulage le riche en suppléant aux amusemens plus coûteux qu’il se donneroit au défaut de celui-là. Il suffit, pour en convenir, de faire attention que la différence du prix des places n’est, ni ne peut être en proportion de celle des fortunes des gens qui les remplissent. À la Comédie Françoise, les premieres loges & le théâtre sont à quatre francs pour l’ordinaire & à six quand on tierce ; le parterre est à vingt sols, on a même tente plusieurs fois de l’augmenter. Or on ne dira pas que le bien des plus riches qui vont au théâtre n’est que le quadruple du bien des plus pauvres qui vont au parterre. Généralement parlant, les premiers sont d’une opulence excessive, & la plupart des autres n’ont rien *

[* Quand ou augmenteroit la différence du prix des places en proportion de celle des fortunes, on ne rétabliroit point pour cela l’équilibre. Ces places inférieures, mises à trop bas prix, seroient abandonnées à la populace, & chacun, pour en occuper de plus honorables, dépenseroit toujours au-delà de ses moyens. C’est une observation qu’on peut faire aux Spectacles de la Foire. La raison de ce désordre est que les premiers rangs sont alors un terme fixe dont les autres se rapprochent toujours, sans qu’on le puisse éloigner. Le pauvre tend sans cesse à s’élever au-dessus de ses vingt sols ; mais le riche, pour le fuir, n’a plus d’asyle au-delà de ses quatre francs ; il faut, malgré lui, qu’il se laisse accoster &, si son orgueil en souffre, sa - bourse en profite.