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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/577

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décider, trancher, interroger, couper la parole aux hommes, importuner tout le monde sans modestie & sans discrétion. On me dit que cela les forme ; je conviens que cela les forme à être impertinens & c’est, de routes les choses qu’ils apprennent par cette méthode, la seule qu’ils n’oublient point. Ce n’est pas tout. Pour les retenir auprès des femmes qu’ils sont destines à désennuyer, on a soin de élever précieusement comme elles : on les garantit du soleil, du vent, de la pluie, de la poussiere, afin qu’ils ne puissent jamais rien supporter de tout cela. Ne pouvant les préserver entièrement du contact de l’air, on fait du moins qu’il ne leur. arrive qu’après avoir perdu la moitie de d’on ressort. On les prive de tout exercice, on leur ôte toutes leurs facultés, on les rend ineptes à tout autre usage qu’aux soins auxquels ils sont destines ; & la seule chose que les femmes n’exigent pas de ces vils esclaves est de se consacrer à leur service à la façon des Orientaux. à cela près, tout ce qui les distingue d’elles, c’est que la Nature leur en ayant refuse les grâces, ils y substituent des ridicules. À mon dernier voyage à Geneve, j’ai déjà vu plusieurs de ces jeunes Demoiselles en juste-au-corps, les dents blanches, la main potelée, la voie flûtée, un joli parasol verd à la main, contrefaire assez mal-adroitement les hommes..

On étoit plus grossier de mon tems. Les enfans rustiquement élevés n’avoient point de teint à conserver, & ne craignoient point les injures de l’air auxquelles ils s’etoient aguerris de bonne heure. Les peres les menoient avec eux à la chasse, en campagne, à tous leurs exercices, dans toutes les sociétés. Timides & modestes devant les gens âges., ils etoient hardis,