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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/569

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tout ce qui peut contribuer à former dans les mêmes hommes des amis, des citoyens, des soldats, & par conséquent tout ce qui convient le mieux à un peuple libre.

On accuse d’un défaut les sociétés des femmes, c’est de les rendre médisantes & satiriques ; & l’on peut bien comprendre, en effet, que les anecdotes d’une petite ville n’échappent pas à ces comités féminines ; on pense bien aussi que les maris absens y sont peu ménages, & que toute femme jolie. & fêtée n’a pas beau jeu dans le cercle de sa voisine. Mais peut-être y a-t-il dans cet inconvénient plus de bien que de mal, & toujours est-il incontestablement moindre que ceux dont il tient la place : car lequel vaut mieux qu’une femme dise avec ses amies du mal de son mari, ou que, tête-à-tête avec un homme, elle lui en fasse, qu’elle critique le désordre de sa voisine, ou qu’elle l’imite ? Quoi-que les Genevoises disent assez librement ce qu’elles savent & quelquefois ce qu’elles conjecturent, elles ont une véritable horreur de la calomnie & l’on ne leur entendra jamais intenter contre autrui des accusations qu’elles croient fausses ; tandis qu’en d’autres pays les femmes, également coupables par leur silence & par leurs discours, cachent de peur de représailles le mal qu’elles savent & publient par vengeance celui qu’elles ont invente.

Combien de scandales publics ne retient pas la crainte d ces sévères observatrices ? Elles sont presque dans notre ville la fonction de Censeurs. C’est ainsi que dans les beaux tems de Rome, les Citoyens, surveillans les uns des autres,