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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/556

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l’air le plus pur, & jouir du plus charmant paysage qui soit sous le Ciel. Il y a même beaucoup de Citoyens & Bourgeois qui y résident toute l’année, & n’ont point d’habitation dans Geneve. Tout cela est autant de perdu pour la Comédie, & pendant toute la belle saison il ne restera presque pour l’entretenir, que des gens qui n’y vont jamais à Paris, c’est toute autre chose : on allie fort bien la Comédie avec la campagne ; & tout l’été l’on ne voit à l’heure où finissent les Spectacles, que carrosses sortir des portes. Quant aux gens qui couchent en Ville, la liberté d’en sortir à toute heure les tente moins que les incommodités qui l’accompagnent ne les rebutent. On s’ennuie si-tôt des promenades publiques, il faut aller chercher si loin la campagne, l’air en est si empeste d’immondices & la vue si peu attrayante, qu’on mieux aller s’enfermer au Spectacle. Voilà donc encore une différence au désavantage de nos Comédiens & une moitie de l’année perdue pour eux. Pensez-vous, Monsieur, qu’ils trouveront aisément sur le reste à remplir un si grand vide ? Pour moi je ne vois aucun autre remede à cela que de changer l’heure où l’on ferme les portes, d’immoler notre sûreté à nos plaisirs, & de laisser une Place-Forte ouverte pendant la nuit,*

[*Je sais que toutes nos grandes fortifications sont la chose du monde plus inutile, & que, quand nous aurions assez de troupes pour les défendre, cela seroit fort inutile encore : car surement on ne viendra pas nous assiéger. Mais pour n’avoir point de siège à craindre, nous n’en devons pas moins veiller à nous garantir de tout surprise : rien n’est si facile que d’assembler des gens de guerre à notre voisinage. Nous avons trop appris l’usage qu’on en peut faire, & nous devons songer que les plus mauvais droits hors d’une place, se trouvant excellens quand on est dedans.] au milieu de trois Puissances dont la plus éloignée n’a pas demi-lieue à faire pour arriver à nos glacis.