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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/555

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d’entrées coûteront aussi moins à proportion ; & puis, la dépense de la table n’est rien pour les Comédiens. Ce sont les habits, c’est la parure qui leur coûte ; il faudra faire venir tout cela de Paris, ou dresse des Ouvriers mal-adroits. C’est dans les lieux où toutes ces choses sont communes qu’on les fait à meilleur marche. Vous direz encore qu’on les assujettira à nos loix somptuaires. Mais c’est en vain qu’on voudroit porter la reforme sur le Théâtre ; jamais Cléopatre & Xercès ne goûteront notre simplicité. L’etat des Comédiens, étant de paroître, c’est leur ôter le goût de leur métier de les en empêcheur, & je doute que jamais bon Acteur consente à se faire Quakre. Enfin, l’on peut m’objecter que la Troupe de Geneve, étant bien moins nombreuse que celle de Paris, pourra subsister à bien moindres frais. D’accord : mais cette différence sera-t-elle en raison de celle de 48 à 300 ? Ajoutez qu’une Troupe plus nombreuse à aussi l’avantage de pouvoir jouer plus souvent, au lieu que dans une petite Troupe où les doubles manquent, tous ne sauroient jouer tous les jours ; la maladie, l’absence d’un seul Comédien fait manquer une, représentation, & c’est autant de perdu pour la recette.

Le Genevois aime excessivement la campagne : on en peut juger par la quantité de maisons répandues autour de la Ville. L’attrait de la chasse & la Beauce des environs entretiennent ce goût salutaire. Les portes, fermées avant la nuit, ôtant la liberté de la promenade au dehors & les maisons de campagne étant si près, fort peu de gens aises couchent en Ville durant l’été. Chacun ayant passe la journée à ses affaires, part le soir à portes fermantes, & va dans sa petite retraite respirer