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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/553

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fabriques d’indienne & de toile peinte semblent vous transporter a Zurich. La Ville se multiplie en quelque sorte par les travaux qui s’y font, & j’ai vu des gens, sur ce premier coup-d’œil, en estimer le Peuple à cent mille ames. Les bras, l’emploi du tems, la vigilance, l’austère parsimonie ; voilà les trésors du Genevois, voilà avec quoi nous attendons un amusement de gens oisifs, qui, nous ôtant à la fois le tems & l’argent, doublera réellement notre perte.

Geneve ne contient pas vingt-quatre mille ames, vous en convenez. Je vois que Lyon bien plus riche à proportion, & du moins cinq ou six fois plus peuplé entretient exactement un Théatre, & que, quand ce Théatre est un Opéra, la Ville n’y sauroit suffire. Je vois que Paris, la Capitale de la France & le gouffre des richesses de ce grand Royaume, en entretient trois assez médiocrement, & un quatrieme en certains tems de l’année. Supposons ce quatrieme*

[*Si je ne compte point le Concert Spirituel, c’est qu’au lieu d’être un Spectacle ajouté aux autres, il n’en est que le supplément. Je ne compte pas, non plus, les petits Spectacles de la Foire ; mais aussi je la compte toute l’année, au lieu qu’elle ne dure pas six mois. En recherchant, par comparaison, s’il est possible qu’une troupe subsiste à Geneve, je suppose par-tout des rapports plus favorables à l’affirmative, que ne le donnent les faits connus.] permanent. Je vois que, dans plus de six cents mille habitans, ce rendez-vous de l’opulence & de l’oisiveté fournit à peine journellement au Spectacle mille ou douze cents Spectateurs, tout compensé. Dans le reste du Royaume, je vois Bordeaux, Rouen, grands ports de mer ; je vois Lille, Strasbourg, grandes Villes de guerre, pleines d’Officiers oisifs qui