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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/549

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timides précautions, une femme honnête & sage, exposée au moindre danger, à bien de la peine encore à se conserver un cœur à l’épreuve ; & ces jeunes personnes audacieuses, sans autre éducation qu’un système de coquetterie & des rôles amoureux, dans une parure très-peu modeste,*

[*Que sera-ce en leur supposant la beauté qu’on a raison d’exiger d’elles ? Voyez les Entretiens sur le fils naturel, p. 183..] sans cesse entourées d’une jeunesse ardente & téméraire, au milieu des douces voix de d’amour & du plaisir, résisteront, à leur âge, à leur cœur, aux objets qui les environnent, aux discours qu’on leur tient, aux occasions toujours renaissantes, & à l’or auquel elles sont d’avance à demi-vendues ! il faudroit nous croire une simplicité d’enfant pour vouloir nous en imposer à ce point. Le vice a beau se cacher dans l’obscurité, son empreinte est sur les fronts coupables : l’audace d’une femme est le signe assure de sa honte ; c’est pour avoir trop à rougir qu’elle ne rougit plus ; & si quelquefois la pudeur survit à la chasteté, que doit-on penser de la chasteté, quand la pudeur même est éteinte ?

Supposons, si l’on veut, qu’il y ait eu quelques exceptions ; supposons

Qu’il en soit jusqu’à trois que l’on pourroit nommer.

Je veux bien croire là-dessus ce que je n’ai jamais ni vu ni oui-dire. Appellerons-nous un métier honnête celui qui fait d’une honnête femme un prodige, & qui nous porte à mépriser celles qui l’exercent, à moins de compter sur un miracle continuel ? L’immodestie tient si bien à leur etat,