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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/540

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J’ai peur que ces grands scrutateurs des conseils de Dieu n’aient un peu le légèrement pesé ses raisons. Moi qui ne me pique pas de les connoître, j’en crois voir qui leur ont échappe. Quoiqu’ils en disent, la honte qui voile aux yeux d’autrui les plaisirs de l’amour, est quelque chose. Elle est la sauve -garde commune que la Nature à donnée aux deux sexes, dans un etat de foiblesse & d’oubli d’eux-mêmes qui les livre à la merci du premier venu ; c’est ainsi qu’elle couvre leur sommeil des ombres de la nuit, afin que durant ce tems de ténèbres ils soient moins exposes aux attaques les uns des autres ; c’est ainsi qu’elle fait chercher à tout animal souffrant la retraite & les lieux déserts, afin qu’il souffre & meure cri paix, hors des atteintes qu’il ne peut plus repousser.

À l’égard de la pudeur du sexe en particulier, quelle arme plus douce eût pu donner cette même Nature à celui qu’elle destinoit à se défendre ? Les desirs sont égaux ! Qu’est-ce à dire ? Y a-t-il de part & d’autre mêmes facultés de les satisfaire ? Que deviendroit l’espece humaine, si l’ordre de l’attaque & de la défense étoit change ? L’assaillant choisiroit au hazard des tems où la victoire seroit impossible ; l’assailli seroit liasse en paix, quand il auroit besoin de se rendre, & poursuivi sans relâche, quand il seroit trop foible pour succomber ; enfin le pouvoir & la volonté toujours en discorde ne laissant jamais partager les desirs, l’amour ne seroit plus le soutien de la Nature, il en seroit le destructeur & le fléau.

Si les cieux sexes avoient également fait & reçu les avances, la vaine importunité n’eut point été sauvée ; des feux toujours languissans dans une ennuyeuse liberté ne se fussent