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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/538

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Muralt, que d’y laisser la raison ou la vie ; enfin tous deux se plaisent à la campagne, & les Dames Angloises errent aussi volontiers dans leurs pares solitaires, qu’elles vont se montrer à Vauxhall. De ce goût commun pour la solitude, naît aussi celui des lectures contemplatives & des Romans dont l’Angleterre est inondée. *

[*Ils y sont, comme les hommes sublimes ou détestables. On n’a jamais fait encore en quelque langue que ce soit, de Roman égale à Clarisse, ni même approchant.] Ainsi tous deux, plus recueillis avec eux-mêmes, se livrent moins à des imitations frivoles ; prennent mieux le goût des vrais plaisirs de la vie, & songent moins à paroître heureux qu’à l’être.

J’ai cite les Anglois par préférence, parce qu’ils sont, de toutes les nations du monde, celle où les mœurs des deux sexes paroissent d’abord le plus contraires. De leur rapport dans ce pays-là nous pouvons conclure pour les autres. Tout la différence consiste en ce que la vie des femmes est un développement continuel de leurs mœurs, au lieu que celle des hommes s’effaçant davantage dans l’uniformité des affaires, il faut attendre pour en juger, de les voir dans les plaisirs. Voulez-vous donc connoître les hommes ? Etudiez les femmes. Cette maxime est générale, & jusque-là tout monde sera d’accord avec moi. Mais si j’ajoute qu’il n’y point de bonnes mœurs pour les femmes hors d’une vie retirée & domestique ; si je dis que les paisibles soins de la famille & du ménage sont leur partage, que la dignité de leur sexe est dans sa modestie, que la honte & la pudeur sont en elles inséparables de l’honnêteté, que rechercher les regards des